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Féminicides : le gouvernement accusé d'agir insuffisamment

 

 

En quelques semaines, plusieurs assassinats de femmes par leur conjoint ont défrayé la chronique, relançant le débat sur un « laxisme » de la justice en la matière et une inapplication des mesures de protection. Le débat s'est invité, hier, à l'Assemblée nationale, où plusieurs députés ont interpellé le gouvernement à ce sujet. 

 

 

 

 

43e… 44e… La sinistre litanie des féminicides continue sans relâche, en France. Le week-end dernier, les 43e et 44e assassinats de femmes par des hommes ont eu lieu – l’un dans l’Essonne, à Arpajon, où une mère de famille de 30 ans a été tuée à coups de marteau par l’homme chez qui elle passait le week-end ; l’autre, à Hayange, en Moselle, où c’est une jeune femme de 22 ans qui a été assassinée à coups de couteau par le père de son enfant, sorti de prison une dizaine de jours auparavant. Dans cette dernière affaire, une double polémique s’est développée. D’abord sur le fait que la victime avait déposé une plainte et une main courante, en janvier et novembre 2020, faisant état de « violences verbales, harcèlement et menaces de mort », selon le procureur de la République de Metz, Christian Mercuri. Par ailleurs, la presse locale relève que la jeune femme a été tuée, après s’être enfuie de son domicile en pleine nuit, à quelques mètres de la porte close du commissariat de Hayange, fermé la nuit depuis qu’il a été transformé, en 2015, en bureau de police. 
Pour le procureur de la République, il n’y a « pas eu de dysfonctionnement des services judiciaires », puisque, selon lui, « ni le juge d’application des peines ni la chambre de l’application de peines », ni le parquet n’étaient au courant des plaintes déposées par la jeune femme. Ce qui, en soi, semble pourtant représenter un « dysfonctionnement »  majeur, au moins dans les rapports police/justice. 

Après Mérignac

Ces drames font suite à celui de Mérignac, il y a moins d’un mois, où une femme a été d’abord prise pour cible par son ex-compagnon, qui lui a tiré dessus à quatre reprises, avant de la brûler vive en pleine rue. L’homme avait déjà été incarcéré pour « violences volontaires par conjoint en récidive », notamment après avoir tenté d’étrangler sa compagne. Mais celle-ci ne bénéficiait ni d’un téléphone grave danger ni d’un bracelet anti-rapprochement, ce qui lui a coûté la vie, ont réagi les associations de défense des femmes, extrêmement en colère après cet assassinat. Le gouvernement a, depuis, diligenté une enquête des inspections générales de l’administration et de la justice pour tenter de comprendre ce qui a pu se passer. 

« Où est la grande cause du quinquennat ? » 

Hier, lors de la séance de questions au gouvernement, ce sont deux députés tour à tour, le Républicain Maxime Minot (Oise) et la socialiste Isabelle Santiago (Val-de-Marne), qui ont interpellé le gouvernement sur ces assassinats. « Passée l’extrême émotion qui nous assaille, l’incompréhension laisse place à une colère »  provoquée par « le terrible sentiment que ce drame aurait pu être évité », a lancé Maxime Minot en évoquant le meurtre d’Hayange. « Comment comptez-vous corriger les failles établies en Moselle pour éviter à tout prix que pareil drame se reproduise ? ». Isabelle Santiago s’est elle aussi indignée : « Où est donc la grande cause du quinquennat dédiée aux violences faites aux femmes ? Lutter contre ce type de violences est une urgence, une question de vie ou de mort. Il manque une volonté politique contre les féminicides. Il y a beaucoup de paroles, de la communication, mais où sont les actes – ceux que nous pouvons constater sur le terrain, dans nos circonscriptions ? ». 
La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno, a répondu que le gouvernement était mobilisé sur ces questions « comme jamais auparavant », rappelant que « quatre lois ont été votées et 46 mesures prises à l’issue du Grenelle des violences conjugales ». « Vous ne pouvez pas dire que nous ne faisons rien ! », a lancé la ministre, rejetant la responsabilité de la situation sur l’inaction des gouvernements précédents. Élisabeth Moreno a également rappelé qu’une plateforme permettra bientôt « à toutes les femmes de notre pays, dans tous les territoires, d’avoir une écoute attentive 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 ». Bientôt…
La ministre a donc évoqué de nombreux dispositifs récemment mis en place – ou en passe de l’être – dont, en particulier, le téléphone grave danger (TGD) et les bracelets anti-rapprochement. Mais les victimes de ces derniers jours ne disposaient pas de ces mesures. Ce matin, sur BFMTV, Élisabeth Moreno a affirmé que des enquêtes allaient être diligentées pour s’assurer que « tous les dispositifs mis en place fonctionnent bien »  et que « les TGD et les bracelets ne restent pas dans les placards ». « Les magistrats ont les moyens de sauver des vies », a lancé la ministre, qui a assuré que la main du garde des Sceaux « ne tremblera pas »  s’il devait être avéré qu’il y a eu des dysfonctionnements de la justice. 
Dans une interview parue ce matin dans plusieurs titres de la presse régionale, la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, s’indigne, elle, de cette polémique : « Je m’étonne qu’à chaque féminicide, on cherche à savoir quel magistrat ou policier pourrait être responsable plutôt que de blâmer l’homme qui se dit qu’il a le droit de tuer une femme parce qu’elle lui appartiendrait. »  La ministre ne sous-estime pour autant pas la gravité de ces faits, qu’elle assimile, dans une certaine mesure, à « des actes terroristes » : « Nous sommes face à des gens qui sont motivés pour tuer et qui se moquent de ce qui peut arriver après. »  Marlène Schiappa estime que les différentes administrations travaillent « trop en silo », et propose la création d’un « fichier des auteurs de violence conjugale »  – à l’instar de ce qui existe pour les actes terroristes ou la pédocriminalité – de façon que « chaque intervenant puisse avoir toutes les informations ». 

(Source: Article de Franck LEMARC pour Maire-Info)

 

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